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Emmanuelle Polack

Spoliation des biens culturels juifs : une trop lente réparation

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Des milliers de Juifs ont été spoliés de leurs biens sous l’Occupation. Parmi ces biens, de nombreuses œuvres d’art qui ont parfois intégré des musées par la suite. Aujourd’hui, de nombreuses familles demandent leur restitution. Une procédure longue et dont le succès est incertain.

La Cour d’appel de Paris a ordonné ce mercredi 30 septembre la restitution des trois oeuvres de Derain à la famille Gimpel. L’Etat ainsi que la ville de Marseille représentant les musées de Troyes et Cantini ne vont pas se pourvoir en cassation. La Cour a reconnu que ces tableaux avaient été spoliés et qu’eu égard aux conditions dans lesquelles René Gimpel a été contraint de s’en séparer, les ventes auxquelles il a procédé pendant l’Occupation sont des ventes forcées au regard de l’ordonnance du 21 avril 1945. Cette décision est un “soulagement” pour Claire Gimpel et met fin à sept ans de procédures.

La bataille a débuté en 2013 pour Claire Gimpel. La petite-fille du marchand d’art René Gimpel devrait enfin connaître la réponse de la justice d’ici quelques jours, le 30 septembre. La cour d’appel de Paris rendra sa décision sur le sort de trois tableaux de Derain ayant appartenu à son grand-père et spoliés sous l’Occupation.

“Mon grand-père reprend les affaires de son père lorsqu’il a 24 ans et les développe. Il ouvre une galerie à Londres en plus de celles de la place Vendôme et de New-York, détaille Claire Gimpel. Mais la guerre change tout ! En 1940, il décide de partir dans le sud à Marseille. Il va participer à la création d’un réseau de résistance, Azur Transports, mais il n’abandonne pas ses affaires. Il est contraint de vendre dans de mauvaises conditions car il est sous le coup des lois de Vichy. Il sera finalement arrêté en mai 1944 et il mourra à Neuengamme en janvier 1945.”

Un travail titanesque pour retracer le parcours des œuvres

En quittant Paris, René Gimpel laisse des malles de tableaux en gage à des transporteurs d’œuvres d’art. Au total, 87 caisses sont volées par les Allemands : “Ils savaient très bien ce qu’ils cherchaient, explique Claire Gimpel. Ils traquaient dans la France entière, ils avaient des listes, des noms, des adresses. Ce n’est pas du pillage, c’est totalement organisé et structuré.” 

La malle à tableaux de René Gimpel
La malle à tableaux de René Gimpel• Crédits : Maxime Fayolle – Radio France

Parmi les tableaux volés, on retrouve plusieurs tableaux de Derain. Trois sont aujourd’hui dans les musées de Troyes et Cantini de Marseille. “Avant d’être à Marseille, l’un des tableaux appartenait à un monsieur qui s’appelait Augustin Terrain et il écrit que le tableau est dans sa famille depuis 1943. Donc acheté pendant que les lois de Vichy sont en vigueur. Ca peut donc être considéré comme une vente forcée.” Il faut alors retracer le parcours de ces œuvres à travers les archives de René Gimpel, ses courriers : “un travail titanesque” selon sa petite-fille. 

On ne va pas trouver de facture car mon grand-père étant juif, il est interdit de vendre. Mais il tenait un registre, un livre d’inventaire. Il rajoute une colonne observation pendant la guerre afin de savoir où se trouve chaque tableau. A la fin du livre, il écrit “quand j’écris la mention rendu à son propriétaire, cela signifie que l’objet ne m’appartient plus ou ne m’a jamais appartenu”. C’est un code ! Quand il rend un tableau à son propriétaire, il indique son nom. Quand il n’y a pas de nom, c’est que le tableau a été vendu. Il ne peut pas l’écrire noir sur blanc car si ce livre tombe entre les mains des allemands, il sera arrêté pour avoir fait des ventes.

Claire Gimpel
Claire Gimpel• Crédits : Maxime Fayolle – Radio France

Malgré nos demandes, le musée Cantini de Marseille et les musées de France (pour le musée national de Troyes) n’ont pas souhaité répondre à nos questions. En première instance, en août 2019, la famille Gimpel a été déboutée de sa demande de restitution. La décision d’appel sera rendue le 30 septembre. Cette affaire illustre la difficulté des procédures de restitution et dévoile un marché de l’art dont beaucoup ont profité sous l’Occupation.

Le marché de l’art sous l’Occupation

L’art est un domaine important du projet nazi, il est même au cœur de la politique du national socialisme selon Emmanuelle Polack, docteure en histoire de l’art, auteure du livre “Le Marché de l’art sous l’Occupation” : “Cela tient en partie à la personnalité d’Hitler qui a raté deux fois les Beaux Arts à Vienne. Les Allemands entrent à Paris en juin 1940, une semaine après il y a des repérages des officiers allemands qui vont lister les œuvres, apposer des scellés chez les grands collectionneurs et piller les tableaux. Le but c’est que les plus belles pièces viennent orner le musée de Litz voulu par Hitler.”

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Rose Valland, la Résistante du Jeu de Paume

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La fiction de Marjorie Philibert, réalisée par Sophie Aude Picon, raconte l’histoire de Rose Valland, conservatrice de musée, qui joua un rôle essentiel contre les prédateurs d’art nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Stéphanie Duncan reçoit Emmanuelle Polack, historienne d’art, spécialiste de cette période.

Elle était discrète, une allure dirait-on de vieille fille, de bas bleus, avec son petit chignon et sa longue jupe. Mais le 1er novembre 1940, lorsqu’ils prennent bruyamment possession du Jeu de Paume, les nazis auraient dû se méfier. Derrière ses petites lunettes rondes, la conservatrice du musée, Rose Valland, cachait un sens de la justice et un courage exceptionnels.

Du courage, il lui en a fallu. Alors que les nazis entreposent au Jeu de Paume les œuvres d’art volés à des Juifs, Rose Valland ne peut empêcher les marchandages de Goering, ni le transport des œuvres vers l’Allemagne. 

L’invitée

Notre invitée est Emmanuelle Polack, historienne de l’art spécialiste du marché de l’art sous l’Occupation. Commissaire de l’exposition, Rose Valland sur le front de l’art, au Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation à Lyon (2009).

Auteur du livre Le marché de l’art sous l’Occupation (éd. Tallandier). Un documentaire est en cours de tournage d’après ce livre réalisé par Vasili Silovic (coproduction Arte / Tallandier / Elda Productions). Elle a également publié, avec Philippe Dagen, Les Carnets de Rose Valland (Fage éditions). 

À lire aussi, de Rose Valland, le Front de l’art,  paru chez Plon en 1961, ses souvenirs réédités en 2014 par la Réunion des Musées nationaux.  Rose Valland, une vie à l’oeuvre, d’Ophélie Jouan (édité par le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère, 2019).
Et la bande dessinée de Catel et E. Polack, Rose Valland : Capitaine Beaux-Arts (éd. Dupuis).

L’exposition

A VOIR : l’exposition « Rose Valland. En quête de l’art spolié ». Présentée au printemps dernier au musée Dauphinois de Grenoble, cette exposition débutera son itinérance le 18 septembre prochain : à la médiathèque de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, sa commune de naissance; et en Allemagne, au musée de Schorfheide, près de Berlin. 

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Aider à la reconnaissance des familles spoliées

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Avec pugnacité, Emmanuelle Polack, docteure en histoire de l’art, se bat en faveur des restitutions d’œuvres d’art spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale.

Recueilli par Sabine Gignoux

« Je n’imaginais pas devenir un jour ce que l’on appelle une «chercheuse de provenance» pour les œuvres d’art spoliées. Étudiante, je m’étais spécialisée dans le marché de l’art sous l’Occupation, à cause de ma famille où l’on a des penchants collectionneurs. J’ai réalisé une exposition sur l’action courageuse de Rose Valland au Jeu de paume, là où transitaient les œuvres confisquées par les nazis. J’ai publié ses carnets, aidée par Philippe Dagen, professeur d’histoire de l’art à Paris 1. Puis, avec lui, je me suis lancée dans une thèse sur « Le marché de l’art sous l’Occupation » (1). En plongeant dans les archives, j’ai découvert alors un marché extrêmement actif, florissant, autour de tous les biens spoliés aux familles juives transitant par des galeries ou des ventes aux enchères, notamment à Drouot.

En 2014, j’ai aidé ainsi à une première restitution d’un tableau de Matisse spolié au galeriste Paul Rosenberg, repéré lors d’une exposition au Centre Pompidou et dont j’ai retracé le parcours. En étudiant en Allemagne la collection Gurlitt, j’ai pu aussi identifier un tableau de Thomas Couture ayant appartenu à l’ancien ministre Georges Mandel assassiné par la milice, et trois œuvres spoliées dans la collection d’Armand Dorville. Toutes ont été restituées aux héritiers.À lire aussiUne mission sur les spoliations créée au ministère de la culture

Dans cette recherche de la vérité, je me suis heurtée à bien des résistances. Je touche à une période sombre de notre histoire qui n’est pas encore vraiment passée. Heureusement, les choses évoluent. Le Louvre vient de me confier une mission sur l’origine de ses acquisitions entre 1933 et 1945. En 2019, mon exposition à Paris sur « Le marché de l’art sous l’Occupation » a attiré 65 000 visiteurs. Plusieurs familles touchées par des spoliations m’ont alors contactée. J’essaie de les guider dans leurs démarches, de les écouter aussi. Il est très important pour elles de se voir reconnues comme victimes.

Cette quête de justice a, pour moi, des résonances personnelles. Mon grand-père est mort en déportation à Buchenwald. Un jour, en consultant le bottin des familles spoliées au Mémorial de la Shoah, j’ai aussi découvert que mes autres grands-parents avaient été spoliés… de meubles et de bijoux. Nous avons alors demandé et obtenu une indemnisation. Malgré cela, dans mon travail d’historienne, je veille à rester la plus objective possible. »

(1) Publiée en 2019 chez Tallandier.

Article paru dans La Croix

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Pillées sous l’Occupation, trois œuvres officiellement restituées aux héritiers d’Armand Dorville

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Deux d’entre elles font partie du « trésor » de Hildebrand Gurlitt, identifié comme l’un des principaux artisans du trafic d’œuvres d’art volées dans les collections juives au temps du IIIe Reich.

Mercredi 22 janvier, à Berlin, en présence de Monika Grütters, ministre allemande de la culture, deux tableaux du peintre Jean-Louis Forain (1852-1931) et un de Constantin Guys (1802-1892) doivent être officiellement restitués aux héritiers de l’avocat, sénateur et collectionneur Armand Dorville (1875-1941).

Un geste qui vise à réparer la spoliation ayant eu lieu en juin 1942, à Nice, lorsque toute la collection d’art de ce passionné, mort quelques mois plus tôt, et coupable d’être juif dans la France de Vichy, avait été vendue aux enchères par le Commissariat général aux questions juives, dépouillant ses héritiers.Lire l’analyse : L’art, butin de guerre

Les deux Forain sont un Portrait de femme de profil, huile sur toile de 1881, et une Femme en robe du soir, aquarelle exécutée vers 1880 ; le Guys est une encre sur papier, Amazone sur un cheval cabré. Les deux Forain font partie du « trésor de Gurlitt » découvert en 2012 : on avait alors retrouvé 1 558 œuvres d’art dans un appartement de Schwabing, un quartier de Munich (Allemagne), et dans la maison de Salzbourg (Autriche) qu’habitait Cornelius Gurlitt (1932-2014), fils du galeriste Hildebrand Gurlitt (1895-1956). Celui-ci est aujourd’hui identifié comme l’un des principaux artisans du trafic d’œuvres d’art volées dans les collections juives au temps du IIIReich. Le Guys, passé aussi chez Cornelius Gurlitt, se trouvait, quant à lui, dans une collection privée allemande.Lire le récit : La succession Gurlitt, un fatras d’œuvres qui reste à débrouiller

A la suite de la découverte de ces œuvres cachées, les autorités allemandes ont créé la task force « Schwabinger Kunstfund » (« trésor de Schwabing »), dont le travail est poursuivi aujourd’hui par la German Lost Art Foundation. S’appuyant sur des experts internationaux, elle a pour mission de retracer l’origine et les itinéraires de ces œuvres et de rendre ses découvertes accessibles aux possibles ayants droit des collectionneurs dépossédés – pour la plupart victimes de la Shoah. Et donc de permettre des restitutions quand les héritiers ont été retrouvés et l’histoire matérielle des œuvres éclaircie.

Un « cabinet d’amateur »

Pour celles qui sont rendues aujourd’hui, l’histoire commence le 28 juillet 1941, à Cubjac (Dordogne). Ce jour-là, dans le château qu’il y possède depuis 1935, meurt Armand Isaac Dorville, petit-fils du fondateur de l’œuvre philanthropique La Bienfaisance israélite.

Il y est réfugié depuis juillet 1940, ayant quitté son appartement parisien du 16, rue Séguier, parce qu’il se sait menacé. A la fois parce qu’il est juif et parce que sa collection est de celles dont les « experts » nazis et leurs supplétifs français cherchent à s’emparer. Mais Dorville a pu l’emporter à Cubjac, en zone dite « libre », sous administration de Vichy.

Sa collection est ce que l’on appelle à l’époque un « cabinet d’amateur » : pas une galerie garnie de chefs-d’œuvre, mais un choix d’œuvres d’artistes plus ou moins illustres. Se côtoient chez Dorville des toiles de Renoir, Bonnard, Vallotton, Vuillard et des œuvres sur papier de Delacroix, Manet, Guys – 95 pièces – et Forain – trente-cinq peintures, aquarelles et gouaches. De ces deux-là, Dorville est en effet un amateur fanatique, ce pourquoi il est renommé dans le monde des collectionneurs, des marchands et des conservateurs. Il l’est aussi pour sa bibliothèque et sa collection d’autographes.

Lorsque Armand Dorville meurt en 1941, il a des héritiers : son frère, Charles, ses sœurs, Valentine et Jeanne. Mais Charles a rejoint les Forces françaises libres. Quant à ses sœurs, en raison des lois antisémites de Vichy, elles ne peuvent réclamer l’héritage. D’ailleurs Valentine et Jeanne se cachent à Lyon, puis à Megève (Haute-Savoie). En mars 1944, Valentine, ses filles jumelles et sa petite fille de 4 ans sont capturées, envoyées à Drancy, puis à Auschwitz-Birkenau où elles seront assassinées.

En 1941, peu après la mort d’Armand Dorville, un administrateur provisoire est donc désigné, nommé Amédée Croze. Il doit liquider ces biens pour le compte du Commissariat général aux questions juives, que dirige, à partir de 1942, Louis Darquier de Pellepoix (1897-1980). Sa bibliothèque et ses autographes sont vendus aux enchères à Lyon, respectivement le 1er juillet et le 5 novembre 1942.

Prix élevés

Mais la vente principale est celle des œuvres d’art, proposées aux enchères à l’Hôtel Savoy Palace, à Nice en plusieurs vacations, du 24 au 27 juin 1942. Jean-Joseph Terris, le commissaire-priseur, est un spécialiste dans le genre : après la collection Dorville, il réalise à l’été suivant deux autres ventes de grandes collections juives, la vente Burton, du 7 au 10 juillet 1943, et la vente Jaffé, les 12 et 13 juillet 1943.

Grâce aux recherches de l’historienne Emmanuelle Polack, qui lui consacre plusieurs pages dans son livre Le Marché de l’art sous l’Occupation (Tallandier, 2019) et qui a travaillé à partir des deux catalogues publiés avant la vente et des procès-verbaux d’adjudication, les détails de la vente sont connus. Terris est secondé par le commissaire-priseur lyonnais Maurice Bussillet et l’expert Eugène Martini. Un effort particulier d’information est fait en direction des amateurs suisses par le biais d’un expert genevois.Lire la tribune d’Emmanuelle Polack : Un cas concret de spoliation

Dans la Gazette de l’hôtel Drouot, qui annonce la vente le 13 juin, le nom d’Armand Dorville n’est même pas mentionné : il n’est question que du « cabinet d’un amateur parisien ».

Mais, dans le milieu, chacun connaît la provenance des lots et sait qu’elle est excellente. Résultat : un afflux spectaculaire d’enchérisseurs parisiens et des prix élevés. Le commissaire-priseur Alphonse Bellier, qui semble avoir acheté pour le compte de confrères ou de clients probablement allemands, remporte des Forain, des Fantin-Latour, deux Renoir, un Vallotton, trois Vuillard et le pastel Lionne au repos de Delacroix. Son confrère Bussillet achète onze œuvres, dont un Guys, un Forain et un Doré.

Les marchands ne sont pas en reste. On relève les noms de Nicolas Brimo, d’Alfred Daber et surtout de Roger Dequoy, ex-bras droit du galeriste Georges Wildenstein et partenaire régulier sous l’Occupation du marchand allemand Karl Haberstock.Lire le focus : Onze œuvres au Louvre issues de la collection Dorville

Itinéraire sinueux

Après la vente s’ouvre le temps des reventes, arrangements et échanges, qui rendent si complexe l’identification des provenances. Ainsi du Portrait de femme de profil de Forain : il a fallu de longues recherches pour reconstituer son itinéraire, qui est sinueux. L’œuvre, qui est le n° 176 de la vente niçoise, acquise d’abord par un nommé Léopold Dreyfus, inconnu, se retrouve ensuite chez le marchand Raphaël Gérard, collaborateur notoire, en avril 1944, puis passe de là chez Hildebrand Gurlitt, en 1953 ou plus tard.

La Femme en robe du soir a été acquise par ce même Gurlitt dès la période de la guerre, rachetée à une Mme Béatrice, inconnue elle aussi – un pseudonyme peut-être. La même a remporté l’Amazone, de Guys, aux enchères et l’a revendue à Raphaël Gérard, à moins que ce ne soit là, de nouveau, qu’un jeu de prête-nom. Plus tard, le Guys est allé de Gérard à Gurlitt père, comme le Forain, puis de Gurlitt père à Gurlitt fils, et de ce dernier à un collectionneur, qui, sans doute, ignorait l’histoire.

Pour débrouiller l’écheveau, le dépouillement des archives Gurlitt a été évidemment essentiel, mais il a fallu en passer aussi par celles du Commissariat général aux questions juives et celles du département des Alpes-Maritimes, par les catalogues où les œuvres avaient été répertoriées avant l’Occupation. Ce qui explique qu’il ait fallu près d’une décennie entre la saisie des œuvres et leur restitution aux héritiers d’Armand Dorville.

Philippe Dagen

Article paru dans Le Monde

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Emmanuelle Polack, la réparatrice

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PORTRAIT – Spécialiste du marché de l’art sous l’Occupation, elle vient d’être missionnée par le Louvre pour vérifier la provenance des achats effectués par le musée entre 1933 et 1945.

Elle court, elle court Emmanuelle Polack. 55 ans, cartable sempiternellement pendu au bout du bras, l’historienne de l’art vient de faire son entrée au Louvre, afin de passer au crible tous les achats effectués par le musée entre 1933 et 1945 – avec l’idée d’en retracer l’historique et de repérer d’éventuelles provenances douteuses.

La tâche, dantesque, pourrait s’avérer une boîte de Pandore pour le Louvre. Lequel a pourtant décidé de prendre les choses à bras-le-corps. «Il n’y a jamais de risques à regarder la vérité en face», affirme Jean-Luc Martinez, son président-directeur. Emmanuelle Polack, spécialiste du marché de l’art sous l’Occupation, auquel elle a consacré un livre et une exposition au Mémorial de la Shoah, à Paris, devrait faire avancer les choses. Elle qui a la réputation de ne jamais rien lâcher promet de faire les choses en douceur – elle sait que les conservateurs de musées, au sens large, ont été très longtemps rétifs à restituer des œuvres spoliées sous l’Occupation.

La suite de cet article sur le site du journal “Le Figaro”

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Exposition : quand le malheur des juifs faisait la richesse des marchands d’art

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Au Mémorial de la Shoah, une exposition montre que des commissaires-priseurs, antiquaires, conservateurs ont profité des spoliations.

On se croirait dans un polar aux personnages monstrueux de Romain Slocombe, où se croisent des nazis, des collabos, des délateurs, la gestapo. Plus des marchands véreux qui s’enrichissent et des administrateurs aryens des biens juifs qui s’en mettent eux aussi plein les poches. Malheureusement, il ne s’agit pas d’une fiction.

L’historienne d’art Emmanuelle Polack, auteure d’une thèse et d’un livre intitulé Le Marché de l’art sous l’Occupation (Tallandier, 304 pages, 21,50 euros) et commissaire d’une exposition sur le même thème au Mémorial de la Shoah, démontre, en quelques tableaux – dont certains encore conservés par les musées de France – et une quantité de documents, qu’il faut hélas ajouter aux canailles précédentes quelques autres corps de métier.Lire la critique : Emil Bührle, collectionneur spoliateur

Ainsi des commissaires-priseurs de Drouot (dont l’entrée était interdite aux juifs, mais pas aux œuvres qu’on leur avait volées), lesquels furent les complices intéressés d’une spoliation sans précédents. Aux trois « D » (décès, dette, divorce) qui traditionnellement sont à l’origine de la plupart des ventes aux enchères, il fallait en ajouter un quatrième : « D » pour « déportation ». Un marchand nommé Jean-François Lefranc avait même trouvé ce moyen pour s’enrichir. Afin d’obtenir des tableaux à moindres frais, il en dénonçait les propriétaires. L’un d’eux, le marchand René Gimpel, mourut au camp de concentration de Neuengamme, dans la région d’Hambourg.

N’oublions pas certains experts, qui n’hésitaient pas à sous-estimer les tableaux pour pouvoir les racheter eux-mêmes à bas prix. Ni les antiquaires, réunis en association dont le président nommait les administrateurs des galeries d’art confisquées aux juifs, à charge pour eux d’en liquider le stock, sur lequel ils touchaient 10 %. Les journalistes aussi, eh oui, qui mêlaient dans une même détestation les juifs et l’art moderne que ces derniers avaient soutenu.

Salut nazi au Jeu de paume

Les conservateurs de musée enfin : pour un Jean Cassou, révoqué par Vichy puis Compagnon de la Libération, pour une Rose Valland, qui tint méticuleusement l’inventaire des œuvres saisies par les nazis, lesquels les faisaient transiter par le Musée du Jeu de paume où elle travaillait, combien fermèrent les yeux sur l’origine de tableaux qu’ils espéraient voir enrichir les collections nationales ? A raison, d’ailleurs, puisque certains y sont toujours…Lire la critique : Rose Valland, une femme discrète témoin des spoliations nazies

Comment est-ce possible ? Un exemple : Le Front de l’art (RMN, 2014), livre que publia Rose ­Valland en 1961, après avoir intégré l’état-major de la 1re armée du général de Lattre de Tassigny pour tenter de récupérer en Allemagne les œuvres volées en France, a été réédité en 1997 et 2014. Parmi les illustrations, l’une montre la visite au Jeu de paume d’un dignitaire allemand. Il y est accueilli par une courbette de René Huyghe, conservateur au Louvre, qui intégra ensuite (le 6 juin 1944) la Résistance. Or, la photo était ­recadrée : Emmanuelle Polack la montre dans son intégralité, et c’est instructif. La partie coupée représente en effet Germain Bazin, l’adjoint de Huyghe, faisant le salut nazi. Bazin fut, jusqu’à sa mort, en 1990, une personnalité considérable des musées de France, dont on préférait oublier le geste malheureux.

À la Libération, tout continua comme avant, ou presque : quelques marchands furent bien condamnés à de fortes amendes, mais la plupart continuèrent leur petit commerce

On constitua bien une commission de récupération : y figure, notamment, René Huyghe, mais aucun juif. Et il semble qu’elle ait eu les plus grandes difficultés à identifier les propriétaires des œuvres. Même quand ils sont, constate malicieusement Emmanuelle Polack, le sujet du tableau, comme la baronne Betty de Rothschild peinte par Ingres en 1848… A la fin de l’exposition au Mémorial de la Shoah, l’historienne a installé un centre de documentation, pour initier les personnes intéressées à la recherche des provenances. On suggère aux conservateurs d’aujourd’hui d’aller y faire un tour.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  En Allemagne, la Documenta de Cassel réunit les pillages coloniaux et nazis

Car, à la Libération, tout continua comme avant, ou presque : quelques marchands furent bien condamnés à de fortes amendes, mais la plupart continuèrent leur petit commerce, dans des entreprises devenues, en quatre ans, opulentes. Les marchands juifs survivants eurent les plus grandes difficultés à recouvrer leurs biens, quand ils y parvinrent. Le seul commissaire-priseur juif, Me Maurice Rheims, réintégra sa charge à sa manière, flamboyante : il revint à Drouot avec l’uniforme de l’armée alliée, dans laquelle il avait combattu, le pistolet au côté, et aucun de ses confrères ne broncha… D’ailleurs, les mêmes qui vendaient les biens juifs organisèrent promptement des ventes de charité au profit des « enfants évacués », des « FFI et de leur famille », sans oublier, et c’est un comble, des « prisonniers et déportés rapatriés ». Cela, même Romain Slocombe ne l’aurait pas osé.

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