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Emmanuelle Polack

Sequencebd.fr – Entretien avec Emmanuelle Polack

Posted in Commissaire Expositions, Revue de Presse

‘Femmes en Résistance’ est une série en quatre albums qui aborde la Seconde Guerre mondiale. Chaque tome raconte le destin d’une femme résistante : Amy Johnson, Sophie Scholl, Berty Albrecht et Mila racine.
À l’occasion de la publication du dernier album de la collection, le Mémorial de la Shoah propose une exposition consacrée aux femmes résistantes. Cet événement évoque les quatre femmes, mais également d’autres résistantes, avec de nombreux documents d’archives et de planches de bandes dessinées.

Emmanuelle Polack, historienne, est à l’origine de la série en bande dessinée. Elle nous présente ‘Femmes en Résistance‘ : les quatre albums et l’exposition.

 http://sequencebd.fr/femmes-en-resistance/

 

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Exposition ‘Femmes en résistance’
jusqu’au 30 septembre 2016
Mémorial de la Shoah
17 rue Geoffroy l’Asnier
75004 Paris

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Exposition Amy Johnson au musée de l’Air et de l’Espace

Posted in Commissaire Expositions

Le musée de l’Air et de l’Espace a présenté, du 17 mai au 31 août 2014, une exposition dédiée à l’aviatrice britannique Amy Johnson, première femme à avoir relié le Royaume-Uni et l’Australie en vol solo en 1930. L’exposition Amy Johnson – le destin d’une héroïne, faisait suite à la parution en 2013 de la bande dessinée Amy Johnson aux éditions Casterman.

 

 

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Emmanuelle Polack, Commissaire externe de l’exposition, lors de l’inauguration

L’exposition Amy Johnson est une production originale du musée de l’Air et de l’Espace, qui s’est appuyée sur les dessins de Pierre Wachs et les recherches d’Emmanuelle Polack, scénarisées par Régis Hautières et Francis Laboutique.
Le musée a mis en lumière le courage et la détermination de l’aviatrice en illustrant les épisodes marquants de sa vie faite d’exploits, d’engagement pour l’avancée de l’aviation et de dévouement pour son pays en guerre. L’exposition a présenté une quarantaine de planches de BD, des croquis inédits du dessinateur et une soixantaine d’objets issus des collections du musée : affiches publicitaires et journaux d’époque, ouvrages anciens, plans et revues spécialisées, jeux et maquettes, objets techniques et photographies de l’aviatrice prises par plusieurs grandes agences de presse.

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 http://www.museeairespace.fr/actualites/aviation/8/exposition-amynbspjohnson/

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La Galerie Pierre au prisme des lois de Vichy

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Extrait du catalogue “L’Art en Guerre France 1938-1947” de la splendide exposition au musée d’art moderne :

La géographie parisienne des galeries d’art dévoile une rive gauche assez peu représentée dans les années 1930 ; il faut reconnaitre qu’elle connut son apogée lors de la belle époque de Montparnasse, à l’aube des années 1920. Seuls quelques marchands de tableaux, pour la plupart d’art moderne, sont établis dans le 6 e arrondissement. Léopold Zborowski (1889- 1932), Katia Granoff (1895-1989) et  Pierre Loeb (1897-1964) comptent parmi les plus prestigieux.  Dès le milieu des années 1920, la jeune galerie Pierre, que Pierre Loeb a ouverte au 2, rue des Beaux-Arts, s’attache à promouvoir les recherches picturales des modernes. En 1939, elle  présente des expositions du sérail de l’avant-garde,  Picasso en tête, César Domela, Joan Miro, Henri Laurens et Wifredo Lam.

Les lois d’exclusion mises en place dès octobre 1940 par le gouvernement de Vichy, en particulier la législation sur l’aryanisation économique, obligent les marchands juifs, soit à cesser leurs activités,  soit à confier leurs galeries à des prête-noms, soit encore à brader leur commerce. Pierre Loeb, juif, est ainsi « invité » par un administrateur provisoire à céder la galerie Pierre le 23 mai 1941 à son confrère Georges Aubry. L’affaire a-t-elle été entendue entre les deux marchands ? On peut l’imaginer. Néanmoins, c’est la mort dans l’âme que Pierre Loeb se part à Cuba, afin de mettre les siens à l’abri des dangers de l’Occupation. Lors de la Libération, Georges Aubry se montre peu enclin à honorer le contrat moral qui stipule la restitution, à l’issue de la guerre, de la galerie Pierre à son ancien propriétaire. Pierre Loeb de retour de la Havane, confie à son ami Picasso les difficultés qu’il rencontre quant à la reprise de la galerie Pierre. Picasso se fend alors d’un appel à Georges Aubry, qu’il connait bien,  pour lui annoncer d’un ton laconique : « Pierre est revenu, il reprend la galerie [1]».  La chance de Pierre Loeb est qu’en 1945, aucun galeriste de la place de Paris ne peut contrarier le « maître » sans risquer de voir compromise à tout jamais son activité commerciale dans la capitale française comme sur la scène internationale.

Le nom de Georges Aubry figure à maintes reprises dans les dossiers « MNR » du site Rose Valland[2] ; il a vendu, pendant la guerre, des tableaux à  la Städtische Galerie de Francfort et au  Museum Folkwang d’Essen.  Toutefois, à l’instar de quelques confrères, il supportera sans trop de dommages l’épuration du marché de l’art parisien.

Emmanuelle Polack

 

[1] Entretien le 27 février 2009 avec Albert Loeb, fils de Pierre Loeb.

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“La dame du Jeu de Paume, Rose Valland sur le front de l’art”

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Article de Véronique Chelma – http://www.veroniquechemla.info/2010/05/la-dame-du-jeu-de-paume-rose-valland.html

L’exposition intéressante La dame du jeu de Paume, Rose Valland sur le front de d’art au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) et deux bandes dessinées remarquables pour la jeunesse rendent hommage Rose Valland (1898-1980). Attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, Rose Valland a contribué à préserver des œuvres du patrimoine national convoitées par les nazis, a recueilli des informations sur celles pillées dans les collections de Juifs français. A la Libération, elle a été chargée de retrouver et a permis le rapatriement en France et la restitution aux ayants-droit d’une partie de ces œuvres.

En 1995, le livre-enquête d’Hector Feliciano Le musée disparu, enquête sur le pillage des œuvres (éd. Austral) évoquait un sujet tabou : le pillage des œuvres d’art – tableaux, manuscrits, meubles, etc. – appartenant à des marchands d’art – Paul Rosenberg et Bernheim-Jeune – ou collectionneurs Juifs – banquiers David-Weill, dynastie Rothschild, famille Schloss, Alphonse Kann, financier Fritz Gutmann, Jacques Stern, Alfred Lindon – par les nazis, aidés par des commissaires-priseurs ou marchands, et suivant un plan établi avant la Seconde Guerre mondiale. Le journaliste Hector Feliciano décrivait les difficultés des familles juives spoliées sous l’Occupation pour récupérer leurs œuvres, les oppositions de musées français à ses recherches, l’absence de diligence de certaines institutions culturelles pour rechercher après-guerre les ayants-droit à qui restituer les œuvres, etc. Un livre passionnant réédité dans une version augmentée en 2009.
A la suite du débat ouvert par les révélations de ce livre, la France instituait en 1997 une Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, dite « Mission Mattéoli », et restituait des œuvres d’art.
En 2008, le MAHJ accueillait l’exposition À qui appartenaient ces tableaux ? Spoliations, restitutions et recherche de provenance : le sort des œuvres d’art revenues d’Allemagne après la guerre conçue à l’initiative de la Direction des musées de France. Y étaient présentées « 53 œuvres (Pieter Claesz, Petrus Christus, Pieter de Hooch, Vouet, Courbet, Delacroix, Ingres, Monet, Manet, Cézanne, Degas, Matisse, Ernst…) en grande majorité issues des œuvres d’art dites « MNR » (d’après l’abréviation des inventaires intitulés « Musées nationaux récupération »), œuvres rendues à la France par l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale et confiées, au début des années 1950, à la garde des Musées de France, faute d’avoir retrouvé leurs légitimes propriétaires ». Cette exposition relatait « le processus des spoliations nazies durant la Seconde Guerre mondiale, leur condamnation par les Alliés dès 1943, les opérations de restitution massives engagées à l’issue du conflit, et les nouvelles mesures individuelles de restitution rendues possibles ces dix dernières années ».
En 2009, l’exposition Le Louvre pendant la guerre Regards photographiques 1938-1947 au Louvre montrait 56 photographies de la vie quotidienne en puisant dans le fonds du photographe Pierre Jahan acheté par le musée en 2005 et des documents provenant des archives allemandes. Le célèbre musée réquisitionné avait alors été transformé alors en zone de tri des biens confisqués aux juifs.
Au domaine de Chambord, l’exposition 1939-1945 Otages de guerre à Chambord rappelle le rôle de Chambord dans la protection de 1938 à 1949 des chefs d’œuvre des musées français dont La Joconde.
« Sauver un peu de la beauté du monde » (Rose Valland)
C’est à Rose Valland, « modèle de résistance civile et figure emblématique de l’histoire de la récupération des œuvres d’art spoliées durant la Seconde Guerre mondiale, demeure souvent méconnue du grand public », que le CHRD rend hommage avec le soutien des membres de l’association La Mémoire de Rose Valland.
L’exposition est conçue par Emmanuelle Polack, commissaire invitée, en charge des archives historiques du musée des Monuments français au sein de la Cité de l’architecture et du patrimoine et chercheuse associée au musée de Montparnasse, et Marion Vivier, attachée de conservation au CHRD.
« L’itinéraire de Rose Valland, attachée au musée du Jeu de Paume durant la guerre, constitue un témoignage marquant de la résistance qu’a su opposer le monde des musées aux convoitises allemandes sur le patrimoine artistique français. Cette histoire permet d’apporter un nouvel éclairage sur les enjeux économiques et culturels de la collaboration et met en évidence l’importance des spoliations subies par les familles juives. Courageuse et déterminée face à l’Occupant, Rose Valland réussit à se maintenir en poste au cœur même du lieu de transit des œuvres en partance pour l’Allemagne. Sa ténacité permettra de mener à bien la politique de récupération de ce patrimoine après la guerre, contribuant ainsi à la restitution des biens des victimes juives et à la reconstitution des collections nationales », écrit Isabelle Doré-Rivé, directrice du CHRD.
Une historienne de l’art
Rose Valland est née le village de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs (Isère). A Grenoble et Lyon, cette élève studieuse et déterminée se destine à l’enseignement et aux Beaux-arts. Ses peintures révèlent ses qualités artistiques, précieuses pour apprécier les œuvres d’art.
École des Beaux-arts de Paris, École du Louvre, Institut d’art et d’archéologie et École pratique des hautes études : tels sont les institutions dont elle sort diplômées.
« C’est un esprit distingué, ferme, ouvert et bien doué pour nos études ». Ainsi la décrit un de ses maîtres les plus éminents, Henri Focillon, en 1936. Quant à Gabriel Millet, il est sensible à son dévouement désintéressé : « Elle aime sa tâche, elle est de celle sur qui l’on peut compter ».
Une attachée de conservation à la veille de la guerre
En 1932, Rose Valland entre à 34 ans comme attachée de conservation bénévole au musée du Jeu de Paume. Situé sur la terrasse surplombant la place de la Concorde, c’est un musée consacré aux avant-gardes de l’art contemporain, notamment aux écoles étrangères.
Rose Valland coorganise de grandes expositions et renforce progressivement sa position dans le musée.
Dès 1936, la France se prépare à une guerre qu’elle pressent. Sous l’impulsion de Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire, est élaboré un plan pour protéger ses œuvres d’art. La mise en œuvre de ce plan est confiée à Jacques Jaujard, sous-directeur et futur directeur des musées nationaux (1940-1944), qui a participé au plan de sauvetage des œuvres du musée du Prado (Madrid) lors de la guerre civile espagnole (1936-1939).
Des « listes de châteaux, monastères ou abbayes pouvant accueillir les collections publiques sont dressées ; des plans d’évacuation, des itinéraires sont définis. On prévoit d’accueillir certaines grandes collections privées dans les lieux de refuge des collections nationales. Le départ du premier convoi d’œuvres du Louvre a lieu en septembre 1938, un an plus tard, grâce à une incroyable logistique, une quarantaine de camions quittent Paris ».
Tout le personnel des musées nationaux est mobilisé pour ces actions de préservation. Au musée du Jeu de Paume, Rose Valland et ses collègues participent à cette action.
Chambord devient une « gare régulatrice » à partir de laquelle les œuvres des musées nationaux – La Joconde, la victoire de Samothrace, la Vénus de Milo – sont confiées à des lieux de dépôts moins célèbres, parfois privés, afin de les protéger des bombardements ou de la convoitise de l’ennemi.
Au matin du 28 août 1939 débute le grand déménagement de pièces à la valeur inestimable. En quatre mois, 5 446 caisses contenant des collections de musées parisiens et de propriétaires juifs ayant confié leurs collections aux Musées nationaux quittent Paris dans 199 camions répartis en 51 convois, vers 11 abbayes et châteaux de l’ouest et du centre de la France .
Un patrimoine artistique national et privé convoité et pillé pendant la guerre
Les troupes allemandes entrent dans Paris le 14 juin 1940.
Les nazis visent à s’emparer des œuvres d’art des pays occupés d’Europe de l’Ouest : le Luxembourg, la Belgique, les Pays-Bas et la France.
Dès son arrivée au pouvoir en 1933, Adolf Hitler « fait des arts un enjeu majeur de la politique national-socialiste ».
Désireux d’imposer l’esthétique du IIIe Reich, le Führer stigmatise l’art moderne « dégénéré » (« Entartete Kunst » – peinture, musique, etc. – et l’exclut des cimaises des musées allemands. Les œuvres « dégénérées » confisquées sont détruites (autodafé berlinois du 20 mars 1939) ou vendues pour obtenir des devises étrangères alimentant les caisses du Parti nazi.
Hitler ambitionne de créer un immense musée des Beaux-arts à Linz (Autriche). « Pour alimenter ses collections, les services culturels nazis sous les ordres de Goebbels rédigent un catalogue des réclamations des objets culturels d’origine germanique, connu sous le nom de rapport Kümmel. Les pays conquis sont considérés comme un formidable réservoir d’œuvres aptes à nourrir les ambitions du Führer ».
Les collections appartenant à des juifs – Paul Rosenberg, les Rothschild, David-Weil, Schloss, Wildenstein, musée Camondo, Seligmann, Jacques Bacri, Alphonse Kann, Jacobson, Leven, Roger Lévy, Reichenbach, Kapferer, Erlanger, Raymond Hesse, Simon Lévy, Léonce Bernheim, Veil-Picard, etc. -, dont celles confiées aux Musées nationaux, et des francs-maçons sont systématiquement pillées par le service d’Alfred Rosenberg, l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, Équipe d’intervention du Reichsleiter Rosenberg) et Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne. L’ERR réquisitionne le Jeu de Paume comme siège de ses opérations et centre de transit. Là, les marchands français et allemands se servent en œuvres pour leurs trafics.
Dès novembre 1940, Rose Valland indignée assiste pendant quatre ans à « la vaste entreprise de spoliation du patrimoine artistique français » : au musée, sont triées des œuvres dérobées destinées en particulier au musée d’Adolf Hitler, à la collection d’Hermann Goering, qui se rend à 21 reprises au Jeu de Paume, ou aux musées allemands.
En 1943, un autodafé de 500 à 600 œuvres « dégénérées » signées notamment par Picasso, Kisling et Mané Katz, a lieu dans un lieu isolé du jardin des Tuileries, à l’abri du regard de curieux.

Ne pouvant entraver ce pillage, Rose Valland, germanophone, se rend indispensable pour les Allemands tout en établissant secrètement, « dans des conditions périlleuses les listes détaillées des œuvres qu’elle voit défiler dans les salles du musée avant leur expédition en Allemagne. Ces renseignements, transmis régulièrement » à Jacques Jaujard, à « la Direction des musées nationaux, s’avéreront capitaux pour l’établissement d’une stratégie de récupération après guerre ». Un rôle d’autant plus important que le conservateur du Jeu de Paume, André Dezarrois, est malade depuis 1938.

Avec minutie, courage et dévouement, Rose Valland enquête, recueille la moindre information, interroge gardiens et transporteurs… Ses notes retracent la chronologie, la nature et l’ampleur des pillages et en dessinent la cartographie européenne par les lieux de destinations des œuvres d’art volées.
Ainsi, en juin 1944, elle informe Jacques Jaujard, directeur du Louvre, que les derniers convois doivent se rendre au château de Nikolsburg, alors en Tchécoslovaquie. Ce directeur en informe le réseau de Résistance-Fer. Le train est arrêté en gare d’Aubervilliers et les œuvres d’art, notamment celles du collectionneur Paul Rosenberg, sont récupérées. « Il ne faut pas oublier qu’à cette époque des trains de juifs – convoi du 17 août 1944 avec les 50 derniers juifs -, et de déportés politiques – convoi du 15 août 1944 avec en particulier Germaine Tillon – partaient de Drancy », insiste Emmanuelle Pollack, interviewée par Vincent Lemerre, lors de l’émission Mémoires vives, le 6 décembre 2009.
Protéger et rapatrier les œuvres dans l’immédiat après-guerre
Créée le 24 novembre 1944 sous l’impulsion du ministère de l’Éducation nationale, la Commission de récupération artistique (CRA) est chargée de rechercher les œuvres d’art emportées en Allemagne. Sa mission : étudier les problèmes liés à la récupération des objets et œuvres d’art et recueillir, en collaboration avec l’Office de la récupération des biens, les déclarations des propriétaires spoliés.
Rose Valland devient la secrétaire de la CRA en raison de l’importante documentation qu’elle a rassemblée pendant les quatre années d’Occupation.
Listes des œuvres, listes des propriétaires, localisation des dépôts en Allemagne… Ces informations communiquées aux armées alliées permettent de sauvegarder des dépôts dissimulés menacés par les opérations militaires (bombardements) contre l’Allemagne nazie.
Nommée lieutenant puis capitaine dans la Première armée française, Rose Valland devient l’agent de liaison entre la CRA et le gouvernement français de la zone d’occupation en Allemagne. Dans une Allemagne en ruines, dès le 11 mai 1945, « elle est alors chargée de retrouver, en lien avec les Alliés, les pièces appartenant à des collections françaises [dans les dépôts dissimulés des zones d’occupation française, britannique et américaine] et de veiller à leur retour ». L’officier Beaux-arts américain James J. Rorimer la décrit « rude et déterminée ».
La CRA disparaît par décret du 30 septembre 1949. Son action, ainsi que celle des Alliés, aura permis de rapatrier en France environ 60 000 œuvres d’art, provenant majoritairement d’Allemagne et d’Autriche. En 1950, 45 000 œuvres d’art ont été restituées à leurs propriétaires légitimes spoliés ou à leurs ayants-droit quand les propriétaires avaient été assassinés lors de la Shoah. A noter que, sous l’Occupation, 100 000 œuvres d’art avaient été emmenées hors de France, vers l’Allemagne. Deux mille MNR ont été mis en dépôt.
Rose Valland est « à l’origine du sauvetage de plus de la moitié du patrimoine culturel juif, dès l’immédiat après-guerre ».
Une « expérience donnée en partage »
Le ministère de l’Éducation nationale et des Beaux-arts, administration de tutelle, récompense Rose Valland pour ses actions de récupération des œuvres d’art et de la mise en sécurité des collections au service de la Nation et de l’Etat. En 1952, à 54 ans, Rose Valland obtient le statut de conservateur de musée, auquel elle aspirait depuis longtemps, et se voit confier de nouvelles missions.
Certes, le contexte a changé – c’est la guerre froide -, mais des menaces pèsent sur le patrimoine artistique national.
Il importe de nouveau de concevoir de nouveaux plans de sauvetage de ce cher patrimoine. L’expérience de ceux ayant œuvré en ce but lors de la Seconde Guerre mondiale revêt alors un intérêt particulier.
Rose Valland est chargée de mettre en place un plan d’évacuation des chefs d’œuvre des musées français. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’accord international de La Haye sur la protection des biens artistiques (1907).
En 1961, est publié Front de l’art, Défense des collections françaises, 1939-1945 (Plon). Rose Valland y retrace l’histoire du sauvetage des collections particulières des familles juives et « l’âpre combat des services des musées nationaux face aux exigences allemandes ». Un livre salué par la presse. Et qui reste « jusque dans les années 1990 une référence sur l’histoire de la récupération des œuvres d’art ». Un livre republié par la RMN en 1997.
En 1964, Suzanne Flon incarne Rose Valland dans Le train réalisé par John Frankenheimer.
A sa retraite en 1968, Rose Valland continue de classer le fonds d’archives de la Commission de récupération artistique (« fonds Rose Valland »). En octobre 1979, elle donne ses archives personnelles à la Réunion des musées nationaux. En 2005, est apposée une plaque à son nom sur un mur du Jeu de Paume.
Cette exposition et les deux livres pour la jeunesse sur Rose Valland éclairent une forme peu connue de résistance : la résistance civile et administrative, via le parcours d’une « femme qui fit le choix de lutter contre la mainmise des nazis sur les collections privées et publiques du patrimoine artistique français ». Une dame qui fit partie, selon ses mots, de « ceux qui luttèrent pendant la dernière guerre, pour sauver un peu de la beauté du monde ».
On aurait aimé avoir des informations sur l’intérêt de Rose Valland pour d’autres sujets que l’art, et par exemple, les juifs persécutés.
On s’interroge aussi pour savoir si la menace terroriste islamiste aurait inspiré un plan de protection de oyaux du patrimoine artistique mondial.
Interview d’Emmanuelle Polack, chargée de mission au Musée des monuments français au sein de la Cité de l’architecture et du patrimoine, commissaire invité de l’exposition La Dame du Jeu de Paume, Rose Valland sur le front de l’art par Vincent Lemerre, le 6 décembre 2009, dans l’émission Mémoires vives sur RCJ.
Emmanuelle Polack, Claire Bouilhac et Catel, Rose Valland, Capitaine Beaux-Arts. Editions Dupuis, coll. Grand public, 2009. 48 pages. ISBN : 9782800145525. 11,50 €. Extraits sur le site de l’éditeur.
Emmanuelle Polack et Emmanuel Cerisier, Rose Valland, l’espionne du Jeu de Paume. Préface de Marie-Paule Arnauld, conservateur général du patrimoine. Avant-propos d’Isabelle Rivé-Doré, directrice du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation. Editions Gulfstream, Coll. L’histoire en images, 2009. 96 pages. Album jeunesse : dès 9 ans. 16,50 €. ISBN : 978-2-35488-046-0
Jusqu’au 2 mai 2010
Au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, Espace Berthelot :
14, avenue Berthelot, 69007 Lyon. Tel : 04 78 72 23 11
Du mercredi au vendredi, de 9h00 à 17h30. Du samedi au dimanche, de 9h30 à 18h
Visite commentée le dimanche 2 mai 2010 à 15h
Visuels de haut en bas :
Carte d’élève de l’École nationale des beaux-arts de Lyon, promotion 1922Coll. Camille Garapont / Association La Mémoire de Rose VallandRose Valland dans les salles du Jeu de Paume, vers 1934
Coll. Camille Garapont / Association La Mémoire de Rose VallandRose Valland et André Dezarrois au musée du Jeu de Paume, vers 1935
Coll. Archives diplomatiques du Ministère des Affaires étrangèresRose Valland, capitaine Beaux-Arts
Coll. Camille Garapont / Association La Mémoire de Rose VallandRose Valland, Edith Standen et Jean Rigaud ( ?), 1945
Coll. Archives des musées nationauxRose Valland sur le lac de Constance
Coll. Camille Garapont / Association La Mémoire de Rose VallandArticle de Véronique Chelmahttp://www.veroniquechemla.info/2010/05/la-dame-du-jeu-de-paume-rose-valland.html
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La dame du Jeu de paume, émouvante

Posted in Commissaire Expositions, Revue de Presse

Le centre d’histoire de la résistance et de la déportation de Lyon accueille du 3 décembre 2009 au 2 mai 2010 La dame du jeu de paume. Une exposition qui retrace au travers de photographies, de tableaux et de manuscrits le parcours de Rose Valland.

Rose Valland. Ce nom ne vous dit peut- être rien. Et pourtant, cette grande dame a occupé une place importante dans le domaine de l’art durant la seconde guerre mondiale. Son fait d’arme ? Durant les quatre années d’occupation allemande de la France, elle était attachée de conservation au Musée du Jeu de Paume, un poste qui lui a permis de noter scrupuleusement les œuvres dérobées aux familles juives et franc-maçonnes. Trop méconnue du grand public, l’historienne Emmanuelle Polack a choisi de lui rendre hommage en organisant une exposition au centre de l’histoire de la résistance et de la déportation. La commissaire d’exposition est venu commenter, mercredi dernier, les œuvres qui retracent le chemin de la résistante.
Photos, tableaux et manuscrits authentiques illustrent la vie de cette grande dame. De ces études à Lyon et Paris, à son poste de « capitaine beaux-arts », en passant bien évidemment par son rôle clé durant la guerre, tout est exposé. Isolée au sous-sol du Centre d’histoire de la résistance et de la déportation, cette exposition vaut le détour. Emmanuelle Polack a vraiment fait un superbe travail de recherche pour faire sortir Rose Valland de l’ombre. Émouvante et fascinante, cette exposition est à découvrir absolument.


Rose Valland s’expose au CHRD

Article Albane Deloule

http://albanedeloule.wordpress.com/category/culture-box/

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Conférence Akadem – Du shtetl au kolkhoze

Posted in Commissaire Expositions

Visionnez la conférence de 60 minutes :

http://www.akadem.org/sommaire/themes/histoire/3/11/module_8284.php

 

 

 

 

PLAN DE LA CONFERENCE :

·         Un témoignage rare sur les paysans juifs de Russie

Des plaques de verre illustrent l’action de l’ORT (11 min)

·         Les racines fragiles des colonies agricoles

Faire des Juifs discriminés des “sujets utiles” de l’Empire tsariste (11 min)

·         L’ORT et les notables pour l’intégration économique des Juifs

Contre les pogroms et la marginalisation économique (5 min)

·         Les photos sur plaques de verre après la Révolution bolchévique

Entre propagande et qualité artistique (8 min)

·         Les effets de la Révolution de 1917 et l’essor du yiddish

Un lot de promesses qui anéantit l’artisanat juif (11 min)

·         L’agriculture au service de la socialisation

“Régénérer le Juif” pour une société nouvelle (9 min)

 

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