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Les publications d'Emmanuelle Polack

Rose Valland, l’espionne qui a permis de retrouver les œuvres d’art volées par les nazis

Rose Valland, l’espionne qui a permis de retrouver les œuvres d’art volées par les nazis

Article Le figaro Madame.fr d’Assma Maad – 12 mars 2014

 http://madame.lefigaro.fr/celebrites/action-qui-permettra-retour-de-60-000-objets-120314-844672

Conservatrice au Jeu de Paume durant l’Occupation, cette résistante française a aidé à la restitution d’œuvres d’arts volées par les nazis. Son histoire est portée sur le grand écran par George Clooney dans Monuments men, en salles ce mercredi. 

Injuste est l’Histoire qui, parfois, oublie ses plus grandes héroïnes. Reste encore le cinéma qui, pour le meilleur ou pour le pire, retrace le destin de celles qui ont œuvré pour le bien de l’humanité. Dans le film Monuments Men qui sort au cinéma ce mercredi George Clooney relate l’histoire d’un groupe d’alliés missionnés pour  récupérer les œuvres d’arts dérobées par les nazis. Parmi le casting, trois étoiles qui réunit Matt Damon, Bill Murray et Jean Dujardin…la seule présence féminine est assurée par Cate Blanchett.
Fraichement oscarisée, l’actrice australienne campe le personnage de Rose Valland, attachée de conservation au musée de Jeu de Paume durant l’Occupation. Cette femme de l’ombre a permis de retrouver les œuvres d’arts dérobées aux familles juives.

Chargée de la sécurité des collections dès 1938
Originaire de l’Isère, Rose Valland est âgée de 36 ans lorsqu’elle devient bénévole  à la section des Écoles Etrangères contemporaines du Musée du Jeu de Paume. Historienne de l’art, elle seconde le conservateur André Dezzarrois dès 1932. « Situé à l’avant-garde de l’art moderne, l’annexe multiplie alors les expositions et sa politique d’acquisition lui fait gagner au cours de cette décennie une notoriété certaine », indique l’historienne Emmanuelle Polack, auteure de plusieurs biographies consacrées à la résistante. La maladie frappant son mentor en 1938, la jeune femme se voit confier la sécurité des collections et le bon fonctionnement des musées.

Rose Valland

Une action qui permettra le retour de 60 000 objets

Au déclenchement de la guerre, Rose Valland se retrouve sous les ordres du régime nazi. Le début de sa résistance. Elle adhère « aux mesures de défense passive et aux ordres d’évacuation des collections du musée du Jeu de Paume », explique Emmanuelle Polak. « Les pièces les plus précieuses de l’exposition permanente, soit un ensemble de 283 peintures parmi les plus significatives de l’École de Paris (Marc Chagall, Juan Gris, Amedeo Modigliani, Pablo Picasso, Kees Van Dongen, etc.) sont rangées dans une vingtaine de caisses, placées dans un premier temps au château de Chambord », souligne l’historienne.

Lorsque Paris tombe sous le joug allemand en 1940, le musée est pris en main par le théoricien nazi, Alfred Rosenberg. Il est chargé par Berlin de transporter en Allemagne les objets d’arts dérobés par l’unité spéciale « Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg ». C’est le début d’un pillage systématique des biens juifs. Une spoliation généralisée dont les tableaux et sculptures devaient figurer dans le « Fuhrermuseum », un projet de musée allemand gigantesque imaginé par Adolf Hitler.

En Allemagne jusque 1953

Pillage des galeries d’art, des commerces d’antiquités, des collections personnelles de juifs fortunés…le Jeu de Paume est devenu pendant quatre années, un lieu de dépôt. Sans l’ombre d’un soupçon et au péril de sa vie, Rose Valland, passa quatre années à lister secrètement les œuvres confisquées par l’unité de Rosenberg. Une précieuse mine d’informations qui permit aux alliés de retrouver ces toiles après la guerre.

Au lendemain de l’armistice, Rose Valland se rendra en Allemagne pour aider à l’identification et rapatriement des biens français volés. « Son action d’agent de liaison au sein de la Commission de Récupération Artistique (CRA) conjuguée à celle des Alliés permettra le retour d’environ 60 000 objets sur environ 100 000 transférées en Allemagne et en Autriche, précise Emmanuelle Polack.

De retour en France en 1953, elle deviendra conservatrice des Musées nationaux et publiera son récit dans l’ouvrage Le Front de l’Art en 1961. Trente-quatre années après son décès à l’âge de 82 ans, Hollywood salue aujourd’hui l’action héroïque d’une grande résistante française.